samedi 3 novembre 2012

Les abeilles de la direction


C'est une anecdote tellement poétique, je ne résisterais pas à la partager quand bien même on n'en pourrait tirer aucune morale.

Parmi les questions mensuelles des représentants du personnel du groupe où j'officie, l'une d'elle intrigue qui dit en substance : "que prévoyez vous de faire dans le cas où un salarié serait piqué par les abeilles de la direction ?".

Le surréalisme de la requête trouve en fait une explication autre que métaphorique. Il a été en effet proposé de mettre des ruches sur le toit de certains sites, suite à une initiative plutôt sympathique pour protéger l'espèce et favoriser la pollinisation en ville.

Manque de concertation ou d'information, inquiétude d'un salarié allergique, entomophobie, peu importe ce qui a suscité cette question sur le fond. La forme par contre interpelle : les abeilles de la direction. Ces zélées ouvrières auraient ainsi trahi la cause sociale en se rangeant derrière le patronat.

Paradoxal pour des insectes sociaux, mais pas si surprenant que cela quand on connaît leurs penchants monarchistes. Et puis on sait bien que les derniers étages sont dévolus aux chefs, donc vous pensez bien que d'habiter sur le toit signe une accointance avec les plus hautes sphères de l'entreprise. Ce n'est certainement pas un hasard si semblable initiative proposant d'introduire des lombrics sur les pelouses n'a pas vue le jour.

La question qui vient à l'esprit immédiatement est : en cas de piqûre, comment savoir si la coupable est bien issue de la ruche alliée objective de l'encadrement, auquel cas son crime devra faire l'objet de poursuites aux prud'hommes, ou bien si elle vient d'une ruche sauvage, et donc relèvera du droit civil ?

La seule solution serait évidemment de faire intervenir la police scientifique. Car comme dans son geste désespéré l'abeille laisse à la victime une partie de son anatomie, d'une part, et que les abeilles d'une même ruche sont toutes issues d'une même mère d'autre part, il serait facile de procéder à un test ADN qui démontrerait de façon irréfutable l'origine de la petite kamikaze.

D'ailleurs je suppose que la perspective de cette traçabilité n'aura pas échappée aux machiavels de la direction, ceux là qui réfléchissent sans cesse aux possibles vexations à infliger aux salariés, et que par conséquent, si l'initiative venait vraiment d'eux, ils auraient plutôt retenu l'idée des nids de frelons. 

Ceux-ci n'abandonnent en effet pas sur place l'arme du crime, affichent une couleur jaune plus conforme au rôle de vendu au patron, et enfin présentent les avantages compétitifs de la délocalisation pourvu qu'ils soient asiatiques.

Et pendant ce temps là, le monde poursuit sa mue.