vendredi 28 décembre 2012

Réunion de crise

- Bonjour Michel !
- Bonjour !
- Alors, en ces périodes de fêtes, de vacances souvent synonymes d'astreintes pour certains employés, que nous recommandez vous donc de préparer ?
- Et bien je pense qu'il faut rester dans la tradition, car dans le domaine professionnel comme dans la famille, la fin d'année est le moment pendant lequel la tradition soude les êtres...
- C'est très beau ce que vous dites, Michel. Et donc, la recette traditionnelle que vous allez nous détailler ce soir ?
- C'est évidemment une belle Réunion de Crise.
- Hummm, quelle bonne idée. Pour combien de personnes cette réunion ?
- Au minimum huit, mais je recommande une bonne douzaine, voire vingt. En dessous de huit participants, c'est moins festif. Et inutile de dire qu'à deux ou trois, cela n'a plus aucun sens.
- Bien sur. Alors, comment les choisit-on, ces participants ? Il y a des critères ?
- Oui, il faut panacher pour que les opinions s'expriment bien franchement...
- Il ne faut pas doublonner les expertises, c'est ça ?
- Si si, au contraire, on peut marier des expertises identiques mais issues d'entités différentes, afin que les guerres de chapelles donnent du piquant. Mais il faut quand même au moins quatre ou cinq domaines de compétence distincts sans quoi le débat risquerait d'être intelligible et la réunion s'essoufflerait trop vite. Un financier, le plus rigide possible, un marketing pontifiant, un support-client hystérique, au moins deux opérationnels bien couillus et, évidemment, le coeur de la recette, trois ou quatre techniques jargonnant longuement pétris de certitudes.
- Je vois. Et pour les fonctions ?
- Bon, là il ne faut pas hésiter : une majorité de directeurs, et pour ceux qui peuvent se le permettre -c'est fête après tout- deux ou trois beaux vice-présidents.
- Des femmes ?
- Pas trop, pas trop ! C'est le meilleur moyen pour que le soufflé retombe en consensus. De manière générale, essayez d'éviter les profils trop constructifs, ou le leader ayant un ascendant sur l'ensemble des participants.
- Pas de président, donc. Le sujet de la réunion ?
- Peu importe, faites selon votre goût.
- Il doit y avoir un caractère d'urgence, au moins ?
- C'est mieux mais pas obligatoire, on peut même organiser des réunions de crise hebdomadaires. On préférera dans ce cas le vendredi de dix-huit à vingt heures.
- Ça ne risque pas de lasser ?
- Bien emmené, ça peut rester vivant assez longtemps.
- Justement, comment emmène-t-on une réunion de crise ? On procède comme pour une réunion ordinaire ?
- Non, c'est l'erreur du débutant : il faut dès le départ mettre un climat tendu, donc surtout pas d'ordre du jour, juste "réunion de crise", je conseille même de ne pas rappeler l'objet de la crise afin de faire mijoter ceux qui ne sont pas au courant. On peut démarrer avec un rapport technique laconique, truffé de sigles et qui devrait être obscur sauf sur le fait que la responsabilité de la crise incombe à l'une des entités représentées dans la réunion ; sans quoi, les absents ayant toujours tort, cela peut se clore en cinq minutes. L'offensé devrait répondre et cela devrait monter tout seul, vous avez juste à surveiller et à ajouter du sel de temps en temps.
- Un petit truc de chef pour finir ?
- Oui, pour garantir une belle nervosité, je conseille de faire comprendre à deux participants distincts, séparément et au préalable, qu'on compte sur eux pour mener la réunion. Si leurs chefs respectifs participent aussi, la tension devrait être mémorable !
- On en a l'eau à la bouche. Et bien un grand merci Michel. Il me reste à vous souhaiter à tous un excellent réveillon, et surtout, n'éteignez pas votre portable !