samedi 11 janvier 2014

Le sapin et le bambou

En ce temps, déjà loin, Nokia est le maître,
Et tous à ses messes se pressent de paraître.
Ses clercs impeccables y disent du mobile
L'avenir.

"Les clients sont d'abord en segments ventilés.
Puis les technologies, à nos standards puisées,
Iront alimenter nos colonnes de services,
Lesquelles croisant les premiers font matrice"

Leur logique implacable nous porte.
Nous voyons la grille se peupler de la sorte :
En chaque case une future nouveauté,
qui trouve ainsi sa raison d'exister.

De Samsung vient le tour.
La cérémonie est moins nette.
Le vendeur pressé extrait de sa mallette
Une procession de mobiles tous semblables
Pour en faire un éloge assez interminable.

"Mais celui-ci", coupe-t-on, "n'est-il pas le même
Que l'autre là -non- l'antépénultième ?"
A la peine, le marchand consulte ses bristols,
Il bredouille, il transpire - dans la salle on rigole.

L'un et l'autre pourtant font de belles affaires ;
un client de toute la gamme n'a que faire.

Survient un orage, les logicieux résonnent
D'un tonnerre nouveau : l'arrivée du smartphone.
Droit comme un I Nokia crée une colonne
En son monde ordonné.

Samsung, du chaos familier,
Ploie, essaye, mise sur tous les OS,
Copie, vole presque, épouse chaque promesse.

On sait ce qu'il advint.
Mais saura-t-on retenir,
Qu'en vue des cataclysmes, pour éviter le pire,
Il faut museler un peu sa culture d'ingénieur
Et laisser respirer son désordre intérieur ?