jeudi 28 août 2014

L'indicateur Tomlinson

Le gros mot du moment, cela n'a pu vous échapper, c'est l'objet connecté. En substance, il s'agit de la promesse sidérante d'une économie vigoureuse basée pour l'essentiel sur l'acquisition par le quidam et avec son propre argent de mouchards électroniques balançant sur le réseau en continu les détails les plus intimes de sa vie privée. Rythme cardiaque, indice de masse corporelle, couleur des selles : l'imagination est au pouvoir, et ça tombe bien parce que, sur ce coup là, la raison semble avoir déclaré forfait.

Comme il faut toujours trouver l'angle qui permette de voir le verre à moitié plein, ou à tout le moins humide, il faut reconnaître que cela va participer de l'éducation du plus grand nombre à l'habitude de la mesure, et ainsi renforcer le fondement de la culture scientifique qui veut que l'on laisse nos opinions être influencées par les faits objectivement recueillis. Néanmoins, ce bel argument ne suffisant pas à me convaincre de broadcaster derechef mes paramètres biologiques -navré pour ceux que cela intéressait-, je me suis mis en quête d’une mesure plus en rapport avec l’objet de ce blog.

Par exemple, que diriez-vous d'un indicateur de distance au monde extérieur ? Je m'explique : plus vaste est l’organisation, et plus limitées sont –en moyenne- les interactions qu’ont ses membres avec le reste du monde. Il ne s’agit pas d’un biais culturel mais d’une loi géométrique toute simple : la surface est proportionnelle au carré du périmètre, et donc à forme constante, plus on est dans un gros contenant, moins on a de chances d'être à l'interface avec le dehors. A tel point qu'on peut se demander parfois s'il existe vraiment un dehors, où vivraient ces animaux mythiques que sont les clients ou les concurrents. 

Pour lutter contre cette tendance possiblement néfaste, et comme on ne peut aller contre la géométrie, il faut s'attaquer sans doute à modifier la forme de l'entreprise. Mais ce serait mettre la charrue avant les bœufs, et être un piètre scientifique, que de proposer la théorie sans avoir effectué les mesures. Dotons nous donc déjà d'un outil permettant d'estimer l'ampleur des dégâts. Pour cela, je propose d'utiliser l'email, outil universel, et de rendre en passant un hommage à Ray Tomlinson, développeur de la première messagerie sur Arpanet, en même temps qu'auteur -et destinataire- du premier email en 1971.

Définissons donc l'Indicateur Tomlinson, que nous noterons T@ comme le rapport entre le nombre de mails reçus depuis des adresses du domaine mail de notre organisation et le nombre total de mails reçus sur une période donnée. En pratique, dans votre messagerie, une fois purgée des spams divers, vous notez le nombre de mails reçus, puis vous faites une recherche sur la chaîne de caractère "de: @monentreprise.com" et divisez le nombre de résultats obtenus par le nombre de mails initiaux.

Dans mon cas, ça donne pour la période mai-juin un T@= 3752 / 4725 = 0.79, tandis que sur juillet-août l'indice passe à T@ = 1765 / 2847 = 0,67. Il me faudra plus d'échantillons pour vérifier mon intuition que la période des vacances, plus calme en interne, est plus propice aux échanges lointains. 

A vous de jouer. En deux minutes vous serez fixés. Si votre T@ est égal à un, contactez votre administrateur pour vérifier que vous avez un accès internet. Et sinon vous pourrez comme moi faire votre intéressant la prochaine fois qu'on vous demandera comment se passe la rentrée, en répondant : "l'été fut calme, mais j'ai déjà le Tomlinson qui remonte".