samedi 11 janvier 2014

Le sapin et le bambou

En ce temps, déjà loin, Nokia est le maître,
Et tous à ses messes se pressent de paraître.
Ses clercs impeccables y disent du mobile
L'avenir.

"Les clients sont d'abord en segments ventilés.
Puis les technologies, à nos standards puisées,
Iront alimenter nos colonnes de services,
Lesquelles croisant les premiers font matrice"

Leur logique implacable nous porte.
Nous voyons la grille se peupler de la sorte :
En chaque case une future nouveauté,
qui trouve ainsi sa raison d'exister.

De Samsung vient le tour.
La cérémonie est moins nette.
Le vendeur pressé extrait de sa mallette
Une procession de mobiles tous semblables
Pour en faire un éloge assez interminable.

"Mais celui-ci", coupe-t-on, "n'est-il pas le même
Que l'autre là -non- l'antépénultième ?"
A la peine, le marchand consulte ses bristols,
Il bredouille, il transpire - dans la salle on rigole.

L'un et l'autre pourtant font de belles affaires ;
un client de toute la gamme n'a que faire.

Survient un orage, les logicieux résonnent
D'un tonnerre nouveau : l'arrivée du smartphone.
Droit comme un I Nokia crée une colonne
En son monde ordonné.

Samsung, du chaos familier,
Ploie, essaye, mise sur tous les OS,
Copie, vole presque, épouse chaque promesse.

On sait ce qu'il advint.
Mais saura-t-on retenir,
Qu'en vue des cataclysmes, pour éviter le pire,
Il faut museler un peu sa culture d'ingénieur
Et laisser respirer son désordre intérieur ?



jeudi 2 janvier 2014

CV 3.0

Le temps des bonnes résolutions étant venu, que pourrait-on exiger de soi même qui ne soit ni trop convenu, ni difficile au point qu'un renoncement vienne alourdir le fardeau de nos culpabilité ? Ma modeste proposition : réécrire son CV sous un nouvel angle.

L'inspirateur de cette idée est Jurgen Apello, un blogueur recommandable que nous avons eu le plaisir d'accueillir et d'écouter il y a quelques semaines. Il développe plusieurs concepts autour de l'agilité et du management. Pour résumer, et j'espère sans dévoyer son propos, il y a le management 1.0 -moi y-en-a être le chef parce que c'est écrit sur la porte de mon bureau-, le management 2.0 -une équipe soudée faite de ma tête et de vos jambes- et l’avènement qu'il appelle de ses vœux du management 3.0 -je réalise soudain que chaque membre de l'équipe possède un fantastique cerveau, comment lui donner envie de s'en servir au mieux ?

Or, au travers des sollicitations reçues par le passé, je m'aperçois qu'un CV projette, à tort ou à raison, des propensions aux styles de management 1.0 ou 2.0. En 1.0, la compétence clef peut se résumer à : "je sors de la cuisse de Jupiter", tandis qu'en 2.0 c'est plutôt : "je sais m'approprier les réalisations de mes équipes". Illustrons un peu :

Catégorie 1.0:

- 1988 - Lycée Lakanal - C'est sûr que 25 ans après, ça change tout.
- Major de promotion - Et combien de bons points en CE2 ? Quand on commence, il faut tout dire !
- Adjoint au Directeur de Secteur - Adjoint Chef au Directeur aurait fait meilleure mesure.
- Responsable de 120 personnes - Même à l'écrit on entend responsâble, non ?
- Porteur d'un budget de 3M€ - Oui, savoir dépenser 3 millions est une compétence trop rare.

Catégorie 2.0:

- Leadership naturel - Et modestie bio.
- Mes réalisations : ventes +10%, 27 brevets, 700k€ d'économie - Les yeux bandés et de la main gauche.
- Réalisation 2011 : CA Kiosques 104M€ - Bien, surtout si on avait 5 ans quand le minitel a été lancé.
- Manager polyvalent - Donnez lui l'équipe de France de handball et il gagne le mondial de foot.

Et en catégorie 3.0 ? Je pense que ce qu'il faut mettre en avant, dans la transformation profonde qui affecte le travail et l'économie, c'est la capacité à apprendre continuellement. Donc ma suggestion -qui ne casse pas trois pattes à un canard, j'en conviens- consiste tout simplement à, pour chacune de ses expériences professionnelles, décrire ce qu'on y a appris, managérialement parlant. Par exemple :

- Appris à gérer un collaborateur misogyne et mythomane.
- Expérimenté les forces et faiblesses de la reconnaissance pécuniaire du mérite.
- Compris la mécanique de la gestion de crise et en quoi elle flatte l’ego du management.

Cela permet de valoriser les succès comme les échecs, tout en évitant la confusion entre soi-même et le collectif. Mais gardez quand-même l'ancienne version sous le coude, pour les employeurs que vous ne sentez pas mûrs. Et après-tout, si l'entretien démarre par "Et au fait, quel Lycée avez-vous fait ?", il sera toujours temps de vous enfuir en courant.

Je vous souhaite une excellente année 2014 !