vendredi 31 juillet 2015

Cet artiste Wally

Science, je t'aime. Et tu n'es pas avare de tendresse en retour, bougresse, toi qui sait tout à la fois cajoler et surprendre, rassurer et ébahir. J'ai reçu de toi mille preuves d'affection, et cette étude n'en est que le plus récent gage. 

Ainsi les auteurs, issus -excusez du peu- de la Columbia University, d'Harvard et de l'INSEAD, après un travail que l'on imagine tout à la fois minutieux et fendard, arrivent à la conclusion que le sarcasme, aussi bien chez l'émetteur que chez le récepteur, augmente la créativité. Ce résultat doit certes plus surprendre chez les anglo-saxons biberonnés à la pensée positive que dans la patrie de Voltaire, mais il n'est pas interdit de se réjouir que notre intuition narquoise trouve renfort auprès des plus prestigieuses fabriques de savoir de l'ancien comme du plus si nouveau monde.

Evidemment, l'étude rappelle aussi que cela ne vaut qu'entre complices partageant un respect mutuel et une connivence permettant de s'assurer que le double-sens sera décodé et pris par l'autre parti pour une incitation à sourire et à prendre du recul. Cela semble confirmer le postulat de Desproges selon lequel on peut rire de tout à condition de choisir la bonne compagnie ; vous risquez sinon que votre innocent appel à la créativité accroisse l'hostilité de l'autre, et que votre subtile façon de faire valoir votre point n'aboutisse qu'à recevoir le sien sur le nez. 

Il se trouve par ailleurs qu'un artiste étasunien illustre brillamment et depuis des années cette découverte. Scott Adams, l'auteur de Dilbert, secoue avec une énergie inépuisable les incongruités de l'entreprise et du management traditionnels, en alliant sarcasme et créativité chaque jour ou presque. Il serait donc faux de croire qu'il encourage ses lecteurs à la résignation et à l'atonie. Tout au contraire, le fait qu'il dépeigne avec ironie un monde absurde et apparemment sans issue, comme Kafka l'avait fait avant lui, est -c'est désormais prouvé rappelez vous-en- une invite à la recherche de nouvelles réponses.

Un témoignage de cette vertu m'a été donné par un collègue lui aussi fan de Dilbert : "Je le lis toujours avec l'appréhension de me reconnaître dans le boss de Dilbert, et chaque fois que j'ai le sentiment de trop m'en approcher, je fais un effort pour changer", me dit-il. Pour ma part j'avais honte d'avouer être entiché du nihiliste Wally, mais me voilà déculpabilisé et ragaillardi : sachez que je ne ricane pas, messieurs dames, je crée !