jeudi 30 avril 2015

Y-a-t-il un pilote dans le projet ?

Je ne sais pas chez vous, mais il y a chez nous une métaphore récurrente dans le domaine des projets, c'est celle du pilote et du pilotage. On pilote à tours de bras, et parmi les questions les plus lancinantes que nous nous posons, celle de savoir qui devrait piloter tient la palme.

Pourquoi cette image fait-elle florès ? Peut-être est-ce lié, dans un milieu très masculin, à la nostalgie des cinquante pour cent de petits garçons qui voulaient être pilote d'avion. Je n'ose imaginer que le fantasme de la casquette à galons et de la veste à boutons dorés y soit pour quelque chose, mais on ne peut l'exclure. Ou, plus prosaïquement, ce peut-être une alternative au mot chef que l'on retrouve sur les deux-tiers(1) des cartes de visite et qui n'est donc plus tout à fait assez discriminant pour décider de qui est aux commandes.

Mais réfléchissons un instant à ce que véhicule, c'est le cas de le dire, la comparaison. Si le projet est un avion, ses membres sont des passagers passifs. Certains métiers nobles prennent une coupe de champagne à l'avant tandis que les modestes contributeurs sont en éco, mais, en cas de perturbations sur la route du projet, chacun a son petit sac en papier et tout le monde doit rester sagement attaché. Car le pilote, seul maître à bord après Leslie Nielsen, s'occupe de tout. C'est pas très bon comme parallèle.

C'est qu'à force de regarder des plannings toute la journée, on finit par se persuader qu'un projet est un vaisseau dont la mission est d'aller d'un point A à un point B. On ne voit pas une construction s'élever mais un simple point sur le radar de la tour de contrôle. On ne discerne plus les opportunités qu'untel saura détecter au vol, les idées qu'un autre apportera, les améliorations, les réparations, les compétences créées en chemin et qui resserviront. Bref, à se concentrer sur le pilote on méconnaît l'importance de l'oeuvre collective.

Hélas nous avons inventé pire encore que le pilote : le comité de pilotage. Il s'agit d'un aréopage(2) de casquettes largement galonnées et de boutons rutilants, où, pour siéger, il faut avoir des milliers d'heures de vol - c'est à dire qu'il y est défendu d'avoir les pieds sur terre. Le manche à balais passe de main en main, chacun y allant de sa petite correction de trajectoire. Evidemment, le comité n'est pas à bord du projet qui, tel un drone fou, zigzague entre monts et vallées tandis qu'impuissant vous vous demandez si vous avez choisi la bonne compagnie.

Quoiqu'il en soit, nous vous souhaitons un agréable vol.


(1) le tiers restant est directeur de quelque chose. 
(2) pas de lien avec l'aréoport de la cité de la peur