samedi 30 avril 2016

Holacratie

Ce mois-ci, nous répondons au courrier de Jean-Jacques, un jeune et fidèle lecteur qui nous écrit depuis Bar-le-Duc, dans la Meuse, et qui nous donne ainsi l'occasion de saluer au passage tous les Barisiens.







Chères abeilles,

Je souhaiterais donner dans la modernité au travail, moi aussi, et surprendre mes collègues par des propositions audacieuses et innovantes. J'ai déjà tombé la cravate, mais comme je suis le dernier à le faire, je ne suis pas encore vraiment considéré comme un éclaireur. Or j'ai entendu parler d'une nouvelle méthode de management, encore inconnue ici, appelée l'holacratie. Pourriez vous me dire ce que c'est et ce qu'il faut en penser ?

Bien respectueusement,

Jean-Jacques

Certainement cher Jean-Jacques,  nous nous faisons un devoir d'aider nos abonnés dans la modeste mesure de nos moyens.

L'holacratie* consiste en une nouvelle forme de gouvernance, alternative à la structure hiérarchique traditionnelle, et qui vise à permettre l'adaptation des règles et des rôles de chacun sous l'impulsion de tous les collaborateurs, tout cela selon des modalités très précises et codifiées. Pour vraiment comprendre plus avant l'esprit et le détail de la chose, il y a deux lectures possibles.

La première, que l'on trouve ici, est la constitution holacratique qui énumère les modalités sus-mentionnées. Allez y jeter un œil je vous attends. Allez-y, vous dis-je. Ça y est ? Oui, c'est un peu aride, et pour tout dire, pas très rigolo. Il y avait bien un jeu de mot très piquant à l'article 3, section 5, chapitre 3, alinéa c), mais je pense que c'était le fruit d'une faute de frappe qui a été malheureusement corrigée dans la version 4.0.

La seconde, nettement plus distrayante -sans être non plus à se taper les fesses par terre, il ne faut rien exagérer- est une bande-dessinée que l'on trouve . Elle a le mérite d'expliquer l'origine de la démarche. On retrouve, à partir du chapitre 3, la lourdeur du formalisme proposé dans la constitution, mais les mises en situation sont convaincantes. Sans nier le léger parfum de secte à gourou qui s'en dégage, c'est une production très enrichissante.

Enfin, l'aventure holacratique est assez indéfectiblement liée au destin de Zappos qui la met en oeuvre à une large échelle comme on peut le lire par exemple ici, et qui ouvre une voie dont on ne connaît pas encore tous les écueils, mais qui est rudement attrayante parce que réellement nouvelle.

Nous avons connu une modeste tentative holacratique, pour notre part, avortée car ne faisant que rajouter des réunions et des rôles -et donc du travail- aux collaborateurs, sans remettre le moins du monde en question la gouvernance réelle pré-existante. Il ne suffit pas en effet, de se payer des coachs et des consultants pour se transformer, et les salariés ne sont pas dupes longtemps d'une initiative insincère.

Ce qu'il faut en penser, maintenant, Jean-Jacques, c'est à toi de voir. Mais vois-tu, le changement est une aventure dans laquelle l'équipement n'est pas tout. Pour nager en eau profonde, tu peux t'acheter des palmes, un masque et un tuba. Tu peux ajouter, si tu en as les moyens, la combinaison néoprène, le profondimètre et le scaphandre autonome. Tu peux te rassurer encore avec le gilet gonflable, le sifflet et la balise Argos. Mais à un moment, si tu veux aller plus loin, tu n'y couperas pas : il te faudra lâcher le bord de la piscine.

(*) La vision de l'organisation comme une entité invisible mais vivante et qui impose ses contraintes aux hommes en les faisant éventuellement souffrir pourrait laisser penser que l'étymologie du terme doit à Guy de Maupassant. En fait, non.